Succession et fiscalité : comment réduire les droits de succession tout en protégeant votre patrimoine familial en 2026

Succession et fiscalité : comment réduire les droits de succession tout en protégeant votre patrimoine familial en 2026
Succession et fiscalité : comment réduire les droits de succession tout en protégeant votre patrimoine familial en 2026

Pourquoi il faut penser à votre succession avant qu’il ne soit trop tard

Personne n’aime parler de succession. Pourtant, c’est l’un des sujets les plus rentables à aborder… tant que vous êtes encore en pleine forme. Bien préparée, une succession permet :

  • de réduire fortement les droits de succession, voire de les éviter dans certains cas
  • de protéger votre conjoint et vos enfants
  • d’éviter les conflits familiaux (et les repas de Noël tendus pendant dix ans)
  • d’organiser la transmission de votre patrimoine à ceux que vous voulez vraiment favoriser
  • En France, la succession est encadrée par le Code civil (notamment les articles 720 et suivants) et la fiscalité par le Code général des impôts (CGI, articles 777 et suivants, 757 B, 990 I, 787 B, etc.). Les règles peuvent évoluer d’ici 2026, mais les grands principes restent stables. L’objectif : jouer intelligemment avec ces règles pour réduire l’addition fiscale.

    Comment fonctionnent les droits de succession en France ?

    Quand une personne décède, son patrimoine est transmis à ses héritiers. Sur le plan juridique, c’est le Code civil qui détermine qui hérite, et dans quelle proportion. Sur le plan fiscal, c’est le Code général des impôts qui fixe le montant des droits à payer.

    En pratique, les droits de succession se calculent en trois étapes :

  • On détermine la part de chacun des héritiers dans la succession (règles du Code civil, articles 731 et suivants).
  • On applique les abattements fiscaux prévus par le CGI (articles 779 et suivants).
  • On applique ensuite un barème progressif selon le lien de parenté (article 777 CGI).
  • Abattements (montants en vigueur en 2024, à vérifier pour 2026) :

  • 100 000 € par parent et par enfant
  • 15 932 € pour un frère ou une sœur
  • 7 967 € pour un neveu ou une nièce
  • 1 594 € pour les autres héritiers
  • Le conjoint marié ou le partenaire de PACS est totalement exonéré de droits de succession (article 796-0 bis du CGI), grâce notamment à la loi TEPA (Loi n° 2007-1223 du 21 août 2007).

    Vous l’avez compris : sans préparation, vos héritiers (surtout vos enfants, frères, sœurs, neveux, nièces…) peuvent se retrouver avec une facture fiscale très lourde. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des stratégies légales pour alléger, voire neutraliser ces droits.

    Lire  donation entre époux : ce qu'il faut savoir

    Utiliser intelligemment les donations de votre vivant

    Le premier réflexe pour réduire les droits de succession, c’est de commencer à transmettre avant le décès.

    Profiter des abattements renouvelables tous les 15 ans

    Les donations bénéficient des mêmes abattements que les successions (article 779 CGI)… mais avec un avantage majeur : ils se renouvellent tous les 15 ans.

    Concrètement :

  • Vous pouvez donner 100 000 € à chaque enfant en franchise de droits tous les 15 ans.
  • Vous pouvez aussi donner jusqu’à 31 865 € supplémentaires à un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant, sous forme de don familial de somme d’argent (article 790 G du CGI), si vous avez moins de 80 ans.
  • En commençant assez tôt, on peut ainsi transmettre plusieurs centaines de milliers d’euros par enfant avec une fiscalité très allégée, voire nulle.

    Le démembrement de propriété : garder l’usage, transmettre la valeur

    Le démembrement de propriété est l’une des armes les plus puissantes en matière de transmission. Il consiste à séparer :

  • la nue-propriété (la valeur à long terme du bien)
  • de l’usufruit (le droit d’occuper le bien ou d’en percevoir les revenus)
  • Par exemple, vous pouvez :

  • donner la nue-propriété d’un bien immobilier à vos enfants
  • et conserver l’usufruit pour continuer à l’habiter ou à en percevoir les loyers
  • Sur le plan fiscal, la valeur de la nue-propriété est inférieure à la valeur totale du bien (barème de l’article 669 du CGI). Résultat : vous transmettez plus de valeur pour une base taxable plus faible. Au décès, l’usufruit s’éteint automatiquement et les enfants deviennent pleinement propriétaires, sans payer de droits supplémentaires (article 1133 du CGI).

    C’est une stratégie très intéressante si vous voulez :

  • aider vos enfants tout en gardant le contrôle et les revenus
  • optimiser les droits de succession
  • organiser à l’avance qui recevra quel bien
  • Assurance-vie : un outil fiscal incontournable pour 2026

    L’assurance-vie n’est pas réservée aux “gros patrimoines”. C’est un outil central pour préparer votre succession, encadré avant tout par les articles 990 I et 757 B du CGI.

    Les règles clés à connaître

    Deux dates de référence déterminent la fiscalité :

  • Primes versées avant 70 ans : article 990 I CGI
  • Primes versées après 70 ans : article 757 B CGI
  • Lire  les bénéfices d'une holding familiale : transmission de patrimoine et fiscalité allégée

    Pour les sommes versées avant vos 70 ans :

  • Chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 € sur les capitaux reçus
  • Au-delà, taxation à 20 % (puis 31,25 % au-delà de 700 000 € par bénéficiaire, barème en vigueur à vérifier pour 2026)
  • Pour les sommes versées après vos 70 ans :

  • Abattement global de 30 500 € sur l’ensemble des primes versées, tous contrats et tous bénéficiaires confondus
  • Mais les intérêts et plus-values sont totalement exonérés de droits de succession
  • Utiliser stratégiquement plusieurs contrats et plusieurs bénéficiaires permet de :

  • profiter plusieurs fois de l’abattement de 152 500 €
  • avantager certaines personnes (enfants, conjoint, concubin, etc.)
  • compléter ou corriger ce que prévoit la succession “classique”
  • Attention toutefois : l’assurance-vie ne permet pas de déshériter les héritiers réservataires (enfants, conjoint dans certains cas). En cas d’abus, un juge peut requalifier les versements en “primes manifestement exagérées” (article L132-13 du Code des assurances).

    Protéger votre conjoint et organiser la succession du couple

    Depuis la loi TEPA, le conjoint marié et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de succession. Mais cela ne suffit pas à les protéger sur le plan civil (droit au logement, revenus, etc.).

    Adapter votre régime matrimonial

    Plusieurs outils existent pour renforcer la protection du conjoint :

  • Changement de régime matrimonial (articles 1397 et suivants du Code civil) pour passer par exemple à la communauté universelle avec clause d’attribution intégrale au survivant
  • Donation entre époux (article 1094-1 du Code civil), aussi appelée “donation au dernier vivant”
  • Testament adapté pour augmenter la part du conjoint dans les limites de la quotité disponible
  • La donation entre époux permet au conjoint survivant de choisir, au décès :

  • plein usufruit de la succession
  • ou une partie en pleine propriété + une partie en usufruit
  • Ce type de montage permet d’assurer au conjoint survivant des revenus (usufruit), tout en préparant la transmission finale aux enfants dans de bonnes conditions.

    Transmettre une entreprise familiale : le pacte Dutreil

    Si vous détenez une entreprise (société ou entreprise individuelle), ne pas anticiper la transmission peut être catastrophique : vente forcée, conflits, difficultés de trésorerie…

    Le pacte Dutreil (article 787 B du CGI) permet, sous conditions, de bénéficier d’un abattement de 75 % sur la valeur des titres transmis par donation ou succession, en contrepartie :

    Lire  Le démembrement de propriété : un outil stratégique pour optimiser la fiscalité et la transmission de patrimoine
  • d’un engagement collectif de conservation des titres
  • de la poursuite de l’activité
  • et le plus souvent d’une donation anticipée
  • Ce dispositif est particulièrement puissant pour :

  • préserver la continuité de l’entreprise familiale
  • éviter que les héritiers n’aient à vendre pour payer les droits
  • organiser qui reprendra réellement l’entreprise
  • Optimiser la fiscalité sans perdre de vue l’équilibre familial

    La meilleure stratégie n’est jamais uniquement fiscale. Elle doit aussi respecter :

  • vos souhaits (protéger un enfant fragile, aider un proche, soutenir une cause…)
  • les équilibres entre héritiers
  • les règles impératives de la réserve héréditaire (articles 912 et suivants du Code civil)
  • On peut par exemple combiner :

  • donations en nue-propriété à certains enfants
  • assurance-vie pour avantager ou compenser un autre héritier
  • démembrement croisé entre époux
  • testament pour préciser les attributions et éviter les conflits
  • Le cadre légal existe, avec ses contraintes, mais aussi de nombreuses marges de manœuvre. L’enjeu est d’utiliser ces marges à votre avantage, en respectant les textes :

  • Code civil : articles 720 et suivants (ouverture des successions), 734 et suivants (ordre des héritiers), 912 et suivants (réserve et quotité disponible)
  • Code général des impôts : articles 777, 779, 787 B, 757 B, 990 I, 796-0 bis, 790 G, 669, 1133
  • Code des assurances : article L132-13 pour l’assurance-vie
  • Comment vous préparer dès maintenant pour 2026

    Face aux possibles évolutions fiscales d’ici 2026, la meilleure attitude, c’est d’être en avance, pas en retard. Quelques actions concrètes :

  • Faire un bilan patrimonial : biens, dettes, revenus, régime matrimonial, bénéficiaires d’assurance-vie…
  • Vérifier vos clauses bénéficiaires de contrats d’assurance-vie (souvent obsolètes ou mal rédigées)
  • Étudier les donations échelonnées dans le temps pour profiter plusieurs fois des abattements
  • Analyser l’intérêt d’un démembrement (résidence principale, locatif, portefeuille titres)
  • Anticiper la transmission d’une entreprise si vous êtes dirigeant ou associé significatif
  • Une stratégie de transmission efficace ne se fait pas en une après-midi, ni en recopiant ce que fait votre voisin. Elle se construit en fonction de votre situation, de vos objectifs et de votre famille. En vous y prenant avant 2026, vous laissez le temps à vos décisions de produire pleinement leurs effets, tout en restant adaptable si la loi évolue.